«  Non, je ne suis pas à vendre. »

 

 

Par Jihene Bachtobji et Valérian Cérino 

 

Le 7 octobre, nous avons eu l’occasion d’accueillir M.Guillaume Charron, directeur du bureau genevois de « Independent Diplomat »,  pour une conférence sur la Diplomatie privée, tenue à Uni-Mail, en partenariat avec l’association FORAUS.

 

Lors de la séance inaugurale, M. Aurèle Cotton, vice-président du FORAUS Genève et Pablo Demierre, président de la SDSA ont présenté leurs associations et accueilli notre intervenant, M. Guillaume Charron. 

 

Diplômé d’un Bachelor en sciences politiques, à l’université du Québec, avec une spécialisation dans les études de la paix et des résolutions de conflit à l’université de Sussex, M. Charron a enchainé avec un parcours dynamique dans les organisations internationales, en particulier au HCR et au CICR, ainsi que des expériences de terrain en Irak, au Soudan mais aussi en Égypte.

Il se reconvertit ensuite dans la « diplomatie privée » en intégrant « Independent Diplomat ». 

 

Cette ONG se présente comme un groupe consultatif de diplomates, d’avocats et de stratèges, ayant pour but d’aider des gouvernements démocratiques et des groupes politiques à utiliser la diplomatie pour parvenir à la justice.

 

Son deuxième objectif est d’essayer de conduire des individus ou des communautés ayant les plus grands enjeux dans un conflit, ou encore dans un problème international, au centre du processus de prise de décision. 

 

Cela permet de leur donner une voix au sein des organisations internationales, plus de visibilité, ainsi que la possibilité de conclure de nouveaux accords avec des acteurs internationaux, ayant un caractère plus durable qui contribuera à la stabilité et la paix dans le monde (tout en prenant compte des intérêts de tous). 

 

Le profil des clients peut être une minorité qui se réclame du principe international « du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », comme ce fut le cas du Kosovo, ou encore les îles Marshall, mais aussi, actuellement du Sahara occidental, ainsi que tous ceux qui font face à la guerre, aux déplacements forcés, aux violations des droits de la personne et à d’autres injustices. 

 

La mission des « diplomates privés » est donc de les orienter, les conseiller sur une stratégie politique à adopter, afin d’optimiser leur chance d’obtenir gain de cause. 

 

À l’issue de la présentation, une foire aux questions s’est tenue. L’auditoire a pu ainsi poser nombre de questions pertinentes auxquelles l’intervenant a répondu en  soulignant les éléments suivants :

 

  • De quelle manière vous vous y prenez, pour donner une voix à ceux qui font recours à vos services ? 

 

Guillaume Charron:  Pour le cas des réfugiés, à titre d’exemple, pour faire respecter leur légitimé, nous essayions d’étoffer leur statut afin de leur permettre d’avoir un siège dans les Organisations internationales. Ce siège va faire office de « mégaphone », en vue d’exercer leur légitimité et bien se défendre. 

 

Il existe également d’autres entités, telles que le « Global Refugee-led Network » qui est un réseau mondial dirigé par les réfugiés eux-mêmes, et qui milite également pour leur obtenir une voix audible sur la scène internationale. 

 

  • Comment les « diplomates privés » interviennent-ils pour défendre leurs «  clients » ? 

 

G. C.: Je prends l’exemple du Somaliland qui a accédé à l’indépendance en 1960 et a dû fusionner avec la Somalie italienne. Lors de ce changement, plusieurs conflits sont apparus et notre objectif était de représenter le Somaliland pour lui permettre de faire entendre sa voix à l’ONU.

Notre intérêt aussi est de permettre à des minorités de pouvoir s’exprimer.   

 

  • Comment votre ONG opère-t-elle face à la cybercriminalité ?

 

G.C.: Lorsque des micros-États font face à des attaques liées à la cybercriminalité par les GAFAS ou encore des superpuissances, et n’ayant pas les instruments juridiques suffisant pour se défendre, les diplomates privés interviennent pour combler ce manque et protéger les intérêts de ces États. 

 

  • Êtes-vous en concurrence avec les diplomates ordinaires ou encore les experts internationaux ? 

 

G.C.: Pas forcément, puisque les diplomates ordinaires sont au service de leurs États.

Par ailleurs, la diplomatie internationale reste encore un milieu rigoureux et fermé, difficilement accessible aux étudiants qui ne réussissent pas les concours des Ministères des Affaires Etrangères. Le monde des organisations internationales est lui-même délicatement amovible. Fruit de dizaines, voire parfois de centaines d’années de négociations entre grandes puissances, ces organes ne se modifient pas aisément. C’est le cas du Conseil de Sécurité des Nations Unies, organe dont la composition est restée figée depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, ces membres gardant jalousement l’exclusivité de leurs prérogatives.

 

Quant aux « diplomates privés », ils défendent les intérêts de leurs clients, qu’ils soient des individus ou des communautés, et n’ayant pas nécessairement des systèmes politiques, au vrai sens du terme. Tel est le cas de Tony Blair qui s’est converti dans la diplomatie privée, après une longue carrière dans la politique anglaise, en mettant en place un cabinet de consulting sous le nom de « Tony Blair Associates », ou encore Dominique Strauss-Kahn, également un homme politique français, qui a mis en place sa société de consulting, « Parnasse International », basée au Maroc.

 

 

 

 

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