Géopolitique

Par Valérian Cerino

Depuis le début du mois d’Octobre, le conflit entre la république auto-proclamée du Haut-Karabakh et la République d’Azerbaïdjan s’intensifie. Cet énième affrontement entre arméniens et azéris s’internationalise de jour en jour. 

 

Occupée depuis 1993, une partie significative de la surface territoriale de l’Azerbaïdjan post-soviétique (13%) est aujourd’hui toujours sous contrôle arménien. Avec les combats menés depuis début octobre, l’Armée azerbaïdjanaise a conquis le flanc sud du territoire de la République autoproclamée d’Artsakh (le nom arménien du Haut-Karabakh).

 

Elle contrôle aujourd’hui la vallée le long de la rivière Araxe, à la frontière avec la République d’Iran. La province du Haut-Karabakh est actuellement en état de siège. Le corridor de Latchin est redevenu le seul point de passage sûr vers l’Arménie, avant que la neige enclave définitivement la région pour l’hiver.

 

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a apporté son soutien à l’Azerbaïdjan, réaffirmant une nouvelle fois la souveraineté de Bakou sur ce territoire caucasien, invoquant le droit international. Allié inconditionnel d’Ilham Aliyev, la Turquie offre un soutien militaire et logistique aux forces azéris dans leur tentative de reconquête. En supplément des avions de combats, des drones et des munitions, l’armée turque a facilité l’arrivée de mercenaires fraichement revenus de Lybie ou de Syrie, qui combattent désormais au côté de l’armée régulière.

 

Quelle réponse de la communauté internationale?

 

Le reste de la communauté internationale a été contraint de réagir. Plusieurs tentatives de cessez-le-feu ont été menées ces derniers jours. Le 23 Octobre, le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a rencontré les ministres des affaires étrangères des deux belligérants, séparément. Les diplomates du Groupe de Minsk (russes, françaises et américains) ont joué le rôle de médiateurs principaux entre l’Arménie, soutien militaire et politique des indépendantistes, et Bakou.

 

Malheureusement, ces engagements n’ont pas été suivi des faits : l’armée arménienne, comme l’armée azerbaïdjanaise n’ont pas respecté les trêves, s’accusant mutuellement d’être à l’origine de la poursuite des combats. Dans la diaspora arménienne, les appels se multiplient afin d’exiger une réponse plus ferme à l’égard de la présidence azerbaïdjanaise, accompagnée de sanctions. Certaines collectivités locales occidentales, comme des États Américains, ont pris les devants, notamment via une reconnaissance symbolique de la République d’Artsakh comme entité étatique à-part-entière.

 

Bien que l’Arménie soit officiellement son allié, la Fédération de Russie vend des armes aux deux pays. Les autorités russes ont déjà exhorté à plusieurs reprises Erevan et Bakou à mettre fin aux hostilités. Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, s’est dit prêt à coopérer avec la Turquie pour trouver un accord de sortie de crise. Les diplomaties des deux pays restent en contact régulier malgré leurs différends concernant la résolution éventuelle de ce conflit.

 

L’absence d’une position commune Européenne

 

L’unité des diplomaties européennes est une nouvelle fois mise à mal par ce conflit. La France envoie désormais de l’aide médicale à l’Arménie. Fort de ses 2,5 milliards d’excédents commerciaux et de ses trois millions de ressortissants turcs (dont une majorité vote pour Erdogan), l’Allemagne se doit de temporiser, contrairement à certains de ces partenaires européens comme la Grèce, ouvertement hostiles à la politique d’Ankara.

 

La chancelière Angela Merkel s’est entretenue avec Nikol Pachinian, le Premier Ministre arménien, puis avec M. Aliyev le jour suivant ; mais sa demande de mettre fin aux hostilités n’a pas été entendue.

 

La présidence hongroise a de son côté annoncé soutenir la République d’Azerbaïdjan. La Hongrie, comme la Turquie, défend Bakou en invoquant le droit international. Pour Budapest, l’Arménie ne peut pas revendiquer la souveraineté sur le Haut-Karabakh.

 

Quelle position des pays du Proche et Moyen-Orient

 

Ce conflit pourrait également avoir des répercussions importantes sur les diplomaties du Proche et Moyen-Orient. Les incursions répétées de l’armée turque dans la Syrie d’Assad ont mis à mal les relations entre les deux pays. En ce début d’année 2020, le parlement de Damas a adopté un texte reconnaissant les massacres de 1,5 millions d’arméniens commis entre 1915 et 1917 comme un acte de « génocide ». Bien qu’officiellement neutre, l’Iran s’était engagé sur des politiques de coopération avec l’Arménie : en mai 2011, l’Iran et l’Arménie ont signé un protocole de coopération en matière énergétique, commercial et industriel.

 

L’Iran exporte depuis plusieurs années du gaz en direction d’Erevan, et ceci en échange d’électricité en provenance de la centrale nucléaire de Metsamor. L’accord de 2011 prévoyait également la construction d’une troisième ligne électrique reliant les deux états, ainsi que la construction de deux barrages électriques frontaliers sur l’Araxe. Ces projets risquent d’être fortement compromis si l’Azerbaïdjan garde la main sur cette vallée. Rappelons également que 15 millions d’azéris vivent en Iran, en particulier dans les provinces du nord du pays.

 

Téhéran se méfie des répercussions que l’avancée de troupes azerbaïdjanaises pourraient avoir sur les revendications autonomistes dans son propre pays. Enfin, on ne peut pas comprendre la position de l’Iran sans évoquer le partenariat stratégique que l’Azerbaïdjan entretient avec Israël. En 2018, le pays importait 40% de sa consommation de gaz depuis Bakou. Depuis 2015, Israël est le partenaire militaire privilégié d’Aliyev, devant la Turquie. Depuis le 01 Octobre, l’Arménie a rappelé son ambassadeur en Israël en signe de protestation.

 

Au vu de la complexité des rapports entre de nombreux pays du globe vis-à-vis de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, la continuation du conflit au Haut-Karabakh risque de devenir un serpent de mer diplomatique, que seule une réponse concertée de la part de la communauté internationale pourrait empêcher.

 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et n’engagent pas la Swiss Diplomacy Student Association.

 

Sources: RFI, Le Monde, US Department of State, France Info, Agence Anadolou, Nouvelles d’Arménie, L’Orient le Jour, La Gazette AZ,  La Croix, Courrier d’Erevan

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