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Histoire

Par David Alaverdyan

Depuis plus de quatre semaines, le conflit du Haut-Karabakh fait de nouveau parler de lui. Vieille de plus de 30 ans, cette guerre larvée oppose les séparatistes arméniens de la République auto-proclamée de l’Artsakh, un territoire majoritairement peuplé d’Arméniens enclavé dans le territoire de l’Azerbaïdjan, aux forces militaires azerbaïdjanises. 

Les premiers sont soutenus par la République d’Arménie tandis que les seconds bénéficient de l’appui du gouvernement turc. Mais pourquoi des Arméniens revendiquent-ils leur indépendance au sein-même de l’Azerbaïdjan ? Pour comprendre cela, il faut remonter aux origines du peuple arménien.

 

 

Des sources historiques attestent la présence du peuple arménien dans le Caucase dès le 7e siècle avant J.-C., au pied du Mont Ararat, la montagne sur laquelle se serait échouée l’arche de Noé. Les Arméniens sont les héritiers du vaste royaume historique de l’Urartu. Le royaume d’Arménie atteint son apogée au 1er siècle av. J.-C. sous le règne de Tigrane le Grand. Il s’étendait sur une grande partie des territoires actuels de l’Arménie, de la Géorgie, de l’Azerbaïdjan, de l’Iran, de l’Irak, de la Syrie, du Liban et de la Turquie.

Une des provinces du royaume d’Arménie s’appellait Artsakh. Elle correspondait largement au territoire de l’actuel Haut-Karabakh et est à l’origine du nom que les Arméniens donnent à la région encore aujourd’hui. Ce sont les envahisseurs perses au XIVe siècle qui lui donnent le nom de Karabakh (qui signifie « jardin noir » en perse). Même sous domination perse, le Haut-Karabakh a une population arménienne. On y trouve des monastères et des églises qui datent d’avant le Xe siècle.

 

 

 

Un conflit avec des racines soviétiques

 

Bien des siècles plus tard, en juillet 1921, lors de la formation de l’URSS, Joseph Staline avec le bureau caucasien du Comité central du parti bolchevik, pourtant favorable à l’Arménie auparavant, décide le rattachement du Haut-Karabakh à la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan, afin d’entretenir de bonnes relations avec la Turquie, peuple frère des Azéris.

À cette époque, le territoire est peuplé à 94 % d’Arméniens. En 1923, il devient l’Oblast autonome du Haut-Karabakh, territoire autonome au sein de la République socialiste et soviétique d’Azerbaïdjan séparé de l’Arménie par un « couloir azéri ». Pendant 65 ans, la situation n’évolue plus.

Le 20 février 1988, profitant de la pérestroïka en URSS, la région autonome s’autoproclame République socialiste soviétique, à égalité avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan. À cette époque, 75% de la population de ce territoire est arménienne. La même année, l’Azerbaïdjan soviétique revendique ce territoire auprès du comité central de l’URSS. Des violences éclatent en Azerbaïdjan comme en Arménie. Des pogroms anti-arméniens font plusieurs centaines de victimes à Soumgaït, près de Bakou, en 1988, puis en 1990 à Bakou même. Ces massacres de civils annoncent la première guerre du Haut-Karabakh.

En 1991, c’est la dislocation de l’URSS. Dans ce contexte, le Haut-Karabakh déclare son indépendance le 2 septembre, par l’intermédiaire de son assemblée nationale. Le 26 novembre suivant, l’Azerbaïdjan annule ce statut d’indépendance. Deux semaines plus tard, un referendum est organisé dans la région du Haut-Karabakh : une majorité écrasante de la population se prononce en faveur de l’indépendance. Ne tenant aucun compte de ce résultat, les autorités azerbaïdjanaises envoient des troupes militaires pour reprendre le contrôle de la région.

Des massacres de part et d’autre

Le blocus ferroviaire et aérien que l’Azerbaïdjan impose de 1990 à 1992 à cette région pour lutter contre le mouvement séparatiste donne lieu à une catastrophe humanitaire de grande ampleur, et à des déplacements forcés de centaines de personnes. Les habitants du Haut-Karabakh s’organisent pour s’alimenter et se défendre avec l’aide militaire de l’Arménie.

Entre 1992 et 1994, des combats de grande ampleur entre Arméniens et Azéris font de très nombreuses victimes, et des massacres des deux côtés sont perpétrés, tel celui de Khojaly en février 1992 qui voit 161 civils Azéris tués par des troupes arméniennes (selon Human Rights Watch), et celui de Maraga en avril de la même année où une centaine de villageois arméniens sont exécutés par l’armée azerbaïdjanaise. Cette guerre est l’un des conflits ethniques les plus destructeurs ayant surgi après la décomposition de l’Union soviétique, avec environ 30 000 morts et des pertes matérielles très importantes.

Ainsi, le conflit actuel du Haut-Karabakh n’est pas du tout un fait nouveau. Il s’agit d’une problématique ancienne et bien complexe. Ce conflit oppose deux grands principes de droit international : le droit à l’auto-détermination des peuples, revendiqué par les Arméniens du Haut-Karabakh, et le principe de l’inviolabilité des frontières, défendu par l’Azerbaïdjan. En effet, bien que la population du Haut-Karabakh ait exprimé sans ambiguïté sa volonté d’indépendance, la région n’en est pas moins une république auto-proclamée, internationalement reconnue comme faisant partie de l’Azerbaïdjan.

Un conflit qui intéresse de nombreux pays

Les soutiens extérieurs dont bénéficient les belligérants posent d’autres questions au regard du droit international. En effet, lors de la première guerre, la Turquie a soutenu l’Azerbaïdjan avec des volontaires des Loup-Gris (groupe ultra-nationaliste et pan-turquiste), des mercenaires tchétchènes et des moudjahidin afghans.

Depuis la reprise des combats en septembre dernier, la Turquie a envoyé en Azerbaïdjan des mercenaires qu’elle a recrutés en Syrie. De son côté, l’Arménie peut compter sur un appui important de la part de sa diaspora en Russie, en France, ou aux Etats-Unis, des pays comptant un forte communauté arménienne, mais sans que cela se traduise par un appui officiel de la part de ces pays en question.

Pour les Arméniens en outre, 105 ans après le génocide arménien, l’implication dans ce conflit de la Turquie d’Erdogan, fort nostalgique de l’Empire ottoman, rappelle de douloureux souvenirs, alors que les plaies du passé ne sont toujours pas refermées dans les montagnes du Caucase.

 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et n’engagent pas la Swiss Diplomacy Student Association.

Sources: BBC, France Culture, Euronews, vgoroden.ru

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