La République du Kazakhstan est la plus vaste des anciennes républiques socialistes dites « d’Asie centrale« . Les Monts Mugodzhar, prolongement de l’Oural, séparent le Kazakhstan oriental, tourné vers la mer d’Aral et le reste de l’Asie, du Kazakhstan occidental, tourné vers la mer Caspienne. Le pays compte plus de 19 millions d’habitants, répartis entre sédentaires, nomades et semi-nomades sur un territoire de plus de 2,7 millions de km2. La population Kazakhstanaise est jeune, avec une moyenne d’à peine plus de 30 ans (31,6), mais son solde migratoire est négatif (-3,28 pour mille). Les kazakhs, ethnie majoritaire du pays, se distinguent des « kazakhstanais », personnes détenant la nationalité administrative du pays. Le Kazakhstan compte parmi sa population plus de 18% de russes dits kazakhstanais, première minorité ethnique du pays[1].

A partir du début du 18ème siècle, les élites politiques kazakhs ont fait appel à la Russie pour régler des querelles entre khans. Au fil du temps, ces contacts politiques et économiques se sont transformés en une succession de soumissions qui ont permis aux tsars de sécuriser ces steppes. Le 19ème siècle est marqué par la disparition des derniers khanats indépendants et l’intégration politique des élites kazakhs à l’Empire. A partir de la deuxième moitié du siècle, cette avancée russe s’accompagne de politiques administratives de russification, de sédentarisation, et une tentative de conversion des populations musulmanes à l’orthodoxie. L’arrivée de colons russes à la recherche de terres s’accompagne de l’exil des agitateurs politiques[2]. L’industrialisation du pays a été en grande partie entreprit sous l’ère soviétique, pendant et après la Seconde Guerre Mondiale. Le Kazakhstan a été la dernière république a quitté l’URSS, le 16 décembre 1991. Nazerbaïev fût le dernier dirigeant de la République socialiste kazakhe, avant de devenir le premier président du Kazakhstan.

 

Le nouvel état indépendant a intégré l’Organisation des Nations Unis et l’Organisation de coopération et de sécurité en Europe en 1992. Le Kazakhstan a multiplié les alliances avec ses voisins : le pays est membre fondateur de l’Organisation de Shangaï (avant 2001 dit Groupe de Shangaï), organisation centrée sur la coopération pour la stabilisation en Asie ; membre fondateur aussi de l’Organisation du traité de sécurité collective en 2002, traité qui reprend les grandes lignes du volet politico-militaire de l’ancienne CEI ; membre fondateur de l’Union économique eurasiatique enfin, entrée en vigueur en 2015, successeur de la Communauté Economique Eurasiatique. Cette idée fut populaire dès le début des années 90, soutenue par le président kazakh Nazerbaïev lui-même, afin de pouvoir sauvegarder les liens économiques entre anciennes républiques soviétiques. Les élites kazakhes ont été moteur dans le développement de mécanisme de coopération dans le but d’éviter une dispersion plus importante des forces vives de l’ex-Union soviétique. Cela n’empêche pas le Kazakhstan d’intégré dès 1994 le Partenariat pour la Paix avec l’OTAN.

 

Le pays souffre d’un déficit commercial avec tous ces principaux partenaires au sein de l’Union Economique Eurasiatique. Jusqu’en 2007, les biens et services russes ont gardé la main sur le marché kazakh. Après la crise financière, les produits chinois sont devenus de plus en plus fréquents sur les étals des commerçants. L’augmentation des prix à la consommation reste corrélée à celle des prix du carburants et donc des transports[3].  En 2020, le PIB du Kazakhstan s’élevait à 170 milliards de dollars, soit 9000 USD par habitant. Après une baisse de 2,6%, le pays a enregistré une hausse d’environ 3,7% en 2021. Le Kazakhstan représente à lui-seul la moitié du PIB des anciennes républiques socialistes centrasiatiques. Cette richesse provient en grande partie de l’exportation d’hydrocarbures (60% en 2020, contre 50% en 2000), d’uranium et de potassium. 

 

Le marché de l’Union Européenne est le premier débouché pour les produits kazakhs. En 2020, ils s’exportent vers l’UE à hauteur de 37,6% (dont 14,2 pour l’Italie, 6,7 pour les Pays-Bas et 4% pour la France), l’Asie (hors CEI) 36,1% et la CEI à 18,3%. L’Allemagne est le premier pays de l’UE exportateur de produits à destination du Kazakhstan (4,7% en 2020), tout de même loin derrière la Russie et la Chine, qui reste les fournisseurs incontournables du pays (respectivement 34,9 et 16,7% des importations kazakhes)[4]. La Confédération Helvétique attire quant à elle 3,2% des exportations kazakhes en 2020. Fin novembre 2021, la secrétaire d’état à l’économie Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch et le ministre du commerce et de l’intégration Bakhyt Sultanov ont signé deux nouveaux accords avec le gouvernement kazakh : l’un porte sur la réglementation du commerce de services, le second sur les produits de l’industrie horlogère, facilitant l’accès des produits suisses au marché kazakh[5]

 

Le 20 mars 2019, le gouvernement décide de renommer la capitale Astana Nour-Sultan, en hommage au président qui démissionne le même jour. Malgré son départ officiel, Nazerbaïev surveille de près la vie politique kazakh. Il crée même une nouvelle fonction spécialement dédiée à cette activité : une loi votée en 2018 lui assure le statut de Père de la Nation et une immunité judiciaire. Son successeur est un serviteur de l’état de longue date reconnu.  

 

 

Né en 1953 à Almaty, Kassym-Jamart Tokaïev est doctorant, diplômé de l’Institut d’Etat des Relations Internationales de Moscou (MGIMO) et de l’Institut des Langues de Pékin. Il a travaillé à l’ambassade soviétique de Singapour puis de Beijing. De retour au ministère des affaires étrangères en 1991, il en devient le ministre (1994-99) avant de devenir Premier Ministre (99-2002). Entre 2011 et 2013, il travaille à Genève, en tant que Directeur Général de l’Office des Nations Unis. Depuis 2019, il cumule les fonctions : Président de la République d’abord, il devient Président de l’Assemblée du Peuple depuis 2021, Président du parti présidentiel Nour-Otan depuis cette année, en plus de dirigé le Conseil de sécurité instauré au début de la crise. 

 

Au début du mois de janvier, le pouvoir kazakh a fait face à de forts troubles internes. Tout a commencé le 02 janvier avec l’annonce par le ministère de l’énergie d’une nouvelle hausse des prix du gaz de pétrole liquéfié (GPL), le principal carburant dans le pays. Dans la nuit du mardi 04 au mercredi, les manifestations se sont transformées en émeutes. Le pouvoir a coupé tout accès internet pendant une semaine. Ces évènements ont fait grimper les prix des matières premières à l’exportation. 

 

Les images les plus violentes nous sont parvenues de Almaty, la capitale économique du pays, et dans les villes situées sur les bords de la Caspienne. Cette tentative de révolte a été contenu par l’intervention des forces de maintien de la paix de l’OTSC. C’est la première fois en vingt ans d’existence que près de 3000 soldats sont mobilisés pour une telle opération, à la demande du président kazakh. Du 06 au 22 janvier, russes, biélorusses, arméniens, tadjiks, kirghizes et kazakhs ont sécurisé les principaux sites stratégiques du Kazakhstan et aidé à pacifier les rues … par la force. Bilan : 225 morts et plusieurs milliers d’arrestations[6]. Il est intéressant de noter qu’en 2011, dans une situation de mécontentement populaire comparable, le Kazakhstan n’avait pas obtenu le soutien de l’OTSC. Afin de calmer la situation, les prix du GPL ont été garanti par l’Etat au prix de 2021 pour les six prochains mois. 

 

Après le retour au calme, on assiste à une « dé-nazerbaïevisation » de la vie publique kazakhe. Il semblerait qu’une frange de l’élite kazakhe, partisane de l’ancien président, aurait tenter d’utiliser ce soulèvement populaire afin de faire trembler le pouvoir de Tokaïev, indépendamment de la volonté de Mr. Nazerbaïev lui-même ; ce qui expliquerait en partie l’ampleur de ces affrontements. Une « purge » est donc en cours au sein des élites kazakhes : le chef de la Sécurité Nationale Karim Massimov a été arrêté, tout comme l’ancien ministre de l’Energie, responsable de la hausse fatale. Le directeur des affaires du président a été remplacé, ainsi que le vice-président de l’Agence de la Planification stratégique et des Réformes, et le ministre de la Défense, accusé de négligence. Plusieurs proches de Nazerbaïev ont été écarté de leur poste respectif dans l’administration de grandes entreprises d’Etat[7]. Enfin, une pétition a vu le jour, ayant pour objectif de renommer la capitale kazakhe Astana, désacralisant ainsi le souvenir de l’ancien président, qui a annoncé sa retraite définitive de la vie politique de son pays. 

 

 

Pour aller plus loin… 

 

– Les débuts soviétiques du Kazakhstan (1917 – 1921)

https://www.axios.com/kazakhstan-president-claims-coup-nazarbayev-6b662edc-1221-4948-862b-5263bb4dfb6e.html

 

– Isabella DAMIANI, Géopolitique de l’Asie centrale, Entre Europe et Chine : le cœur de l’Eurasie, Presse Universitaire Française, 2013, 169p. 

 

– Sources:  

 

[1] Statistiques officielles du recensement kazakh de l’année 2021

[2] Laruelle Marlène, Aperçu de la colonisation russe des steppes kazakhs, Cahiers de l’Asie Centrale, n°23, 2014, pp. 149-181| https://journals.openedition.org/asiecentrale/3072

[3] DRAGNEVA Rika, WOLCZUK Kataryna, Eurasian Economic Integration, Law Policy and Politics, Ed. Edward Elgar, Northampton USA, 2013, 231p.

[5] La Suisse et le Kazakhstan signent des accords commerciaux à Genève, article de Suisseinfo.ch, publié le 29 novembre 2021, https://www.swissinfo.ch/fre/la-suisse-et-le-kazakhstan-signent-des-accords-commerciaux-%C3%A0-gen%C3%A8ve/47151614 

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