Christiane Taubira a marqué la rentrée à l’Université de Genève

 

La venue de Christiane Taubira, à l’occasion de la création de la nouvelle chaire de la Francophonie, a suscité un véritable engouement au sein de l’université genevoise. Le Global Studies Institute a invité l’ancienne Garde des Sceaux du président François Hollande à s’exprimer le 1er octobre sur le thème « Démocraties et populisme ».

Deux amphithéâtres pleins ont chaleureusement accueilli Christiane Taubira, venue inaugurer la chaire de la Francophonie Abdou Diouf, en hommage à celui qui fut président du Sénégal et secrétaire général de la Francophonie.

L’ancienne ministre française de la Justice a débuté son allocution par une définition du concept de démocratie. De son point de vue, celle-ci ne peut se résumer à la seule loi de la majorité. Elle a affirmé avec force qu’une « démocratie vivante, une démocratie dynamique, une démocratie qui conserve toute sa vitalité est une démocratie où les citoyennes et les citoyens se posent la question du contrôle des pouvoirs et interviennent pour s’assurer le bon contrôle de ces derniers ». Ce qui distingue une démocratie saine d’une démocratie délétère est la capacité citoyenne à exercer une surveillance sur ses élus. Elle remet ainsi au cœur du débat la « question cardinale » du contrôle du pouvoir par le peuple.

Suite à cette « promenade sémantique », Christiane Taubira a précisé sa vision du concept de populisme. Il est pour elle, non seulement un phénomène bouleversant le système démocratique, mais plus encore « l’expression d’une de nos immenses défaites ». Elle accuse les populistes, qu’elle qualifie plus volontiers de « démagogues », de rassembler leurs forces électorales autour du mal-être du peuple. L’ancienne Garde des Sceaux s’est attelée à dénoncer l’instrumentalisation des difficultés économiques rencontrées par les populations. « Parfois progressivement, mais parfois brutalement, monte une colère, une rancoeur, une fureur qui a besoin d’évacuation, qui a besoin de débouchés » a-t-elle plaidé. Les populistes sont précisément ceux « qui viennent se répandre sur ces colères » et offrent des « débouchés faciles » fustige-t-elle.

Fidèle à son habituelle franchise, Mme Taubira a réaffirmé ne pas vouloir « s’imposer de débattre » avec les représentants des mouvements populistes, en prenant comme argument l’absence de socle commun démocratique et républicain. Elle a ensuite interpellé directement les étudiants présents sur ces questions de gouvernance : « Comment consolidons-nous nos démocraties ? Comment faisons-nous en sorte pour que, par leur propre vitalité, nos démocraties marginalisent les démagogues, les cracheurs de haine ? ».

En référence au philosophe Spinoza, Mme Taubira a pointé du doigt ceux qui font appel aux « passions tristes » et, à l’inverse, elle a invité son audience à penser « l’unité de l’espèce humaine ». Dans ce sens, Christiane Taubira a appelé à une mobilisation urgente des sociétés face aux percées populistes à travers le monde. A ses yeux, la solution ne se trouve pas dans un repli sur soi à travers un nationalisme assumé mais, au contraire, dans l’ouverture à l’autre, « l’autre qui interpelle mon univers ». C’est par une citation du poète et diplomate Octavio Paz que l’ex-Garde des Sceaux a conclu son discours : « Le temps est passé d’attendre la venue du temps ».

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